L'animal et la mort - Chasses, modernité et crise du sauvage
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Les peuples d'Asie septentrionale reconnaissent des individus aux qualités exceptionnelles, appelés "chamanes", chargés de gérer les relations avec le monde invisible. Ces chamanes, lors de rituels pour des communautés ou des individus, invoquent des esprits anthropomorphes et zoomorphes, mimant dialogues et combats pour obtenir guérison, fécondité, succès à la chasse ou accroissement du bétail. Les traditions chamaniques d'Asie centrale et septentrionale partagent une forte unité, héritée du fond culturel turco-mongol, qui s'est répandu des steppes à l'Arctique et à la Méditerranée. La fonction de chamane est souvent héréditaire et s'inspire de la civilisation nomade. Le chamane d'Asie se distingue par son attirail coloré, incluant tambour et "cuirasse". L'arrivée de l'islam au VIIIe siècle ne met pas fin au chamanisme, qui s'intègre au soufisme. Dans la société musulmane, le chamane agit souvent comme thérapeute, parfois en lien avec les bardes. Au XXe siècle, les chamanes d'Asie centrale et septentrionale subissent des persécutions sous les régimes communistes, beaucoup étant exilés ou exécutés. À partir des années 1990, les pratiques chamaniques refont surface dans un contexte nouveau, certains restant fidèles aux traditions secrètes, tandis que d'autres s'adaptent à la modernité. Dans les sociétés occidentales, le "néochamanisme" émerge, où les rituels de guérison deviennent enseignables et commercialisables.